Dates de tournée
-
15 → 21 mars.
Les Gémeaux, Scène nationale de SceauxEn savoir +
-
30 mars → 3 avril
Les Célestins - Théâtre de Lyon LyonEn savoir +
Conception et mise en scène Lorraine de Sagazan
Direction musicale Romain Louveau
Composition et adaptation musicale Othman Louati
Avec Adèle Carlier, Vladislav Galard, Michiko Takahashi, Manon Xardel et un interprète (distribution en cours)
et l'Ensemble Miroirs Étendus : Guy-Loup Boisneau, Solène Chevalier, Annelise Clément, Akiko Godefroy, Romain Louveau, Noé Nillni et Marie Salvat
Chiens se présente comme une installation plastique et musicale.
Après La Vie invisible, Un sacre et Léviathan, ce spectacle est le quatrième volet d’une série qui, partant de l’observation des béances du système social contemporain, emploie les moyens symboliques et performatifs de la fiction pour tenter de répondre à ce réel.
Chiens s’appuie sur une importante affaire judiciaire, communément appelée « le procès du porno ». Celle-ci met en cause l’extrême violence de l’industrie pornographique majoritaire, banalisant des atteintes graves à la dignité humaine.
Le spectacle lui, embarrasse notre idéal de justice ainsi que l’organisation et le conditionnement du système pénal contemporain. Il interroge l’histoire de notre regard par le prisme de l’industrie pornographique, par-delà le bien et le mal.
Chiens tente de remettre au centre les victimes inaudibles d’un système de représentations et d’opérer des points de bascule. La confrontation oxymorique entre la forme liturgique de la musique et son dialogue avec la pornographie met la violence à nu, tourne la norme en ridicule, conteste, reprend possession de ses conflits confisqués, s’affranchit.
Organisé autour de deux cantates de Bach adaptées par Othman Louati, auxquelles s’ajoute une musique originale qu’il compose, Chiens met en scène un chœur hybride mêlé d’interprètes dramatiques et lyriques accompagné par les musiciens de Miroirs Étendus.
LA JUSTICE, UNE INSTITUTION
Avec une partie de mon équipe depuis quatre ans, je mène une enquête immersive au cœur de l’institution judiciaire. Parce qu’elle organise les rapports et régule les conflits entre les membres d’une société, la justice est la clef de voûte du schéma social et civique. Pourtant, si chacun s’entend sur son idéal et sur sa mission, les opinions divergent quant à son application. La justesse de la justice se mesure à la manière dont celle-ci est rendue. Elle peine à fonctionner comme une instance d’intégration et d’organisation collective, s’inscrit plutôt dans les conflits politiques et reproduit les rapports sociaux de force. Ma recherche s’appuie sur une documentation théorique et philosophique mais aussi sur une solide enquête de terrain auprès de justiciables et de professionnels. J’ai l’opportunité rare de travailler sur des dossiers auxquels j’accède en intégralité malgré le secret des sources et c’est en rencontrant une avocate dont je garderai l’anonymat que j’ai été alertée sur l’affaire French Bukkake.
UNE RÉFLEXION CRITIQUE SUR LA PORNOGRAPHIE
Il existe un grand débat autour de l’idée même de pornographie. Pour certain.e.s, elle est dégradante et se rend complice de la violence exercée contre les femmes à la fois par la production d’œuvres (dans un milieu où les mauvais traitements, le harcèlement, l’exploitation et les violences physiques et sexuelles sont monnaie courante) et par la consommation de ces œuvres qui érotiserait la domination et l’humiliation et renforcerait les comportements sociaux et sexuels qui favorisent le viol et le harcèlement.
D’autres, au contraire, refusent les contraintes juridiques et prônent l’accès libre à la pornographie, préférant aborder la sexualité de façon positive et critiquant l’activisme dirigé contre la pornographie. Certains arguments affirment que la croissance du secteur de la pornographie est un élément important de la révolution sexuelle et qu’elle aurait contribué à la libération des femmes ; d’autres soutiennent que l’industrie pornographique, qui les exploitent est effectivement misogyne, mais que la pornographie pourrait être également féministe parfois. Il s’agirait de réformer l’industrie porno- graphique plutôt que de s’y opposer. Toujours est-il que ce que l’on peut appeler le porno éthique est extrêmement rare, et que le porno-gonzo-hétéro-macho est largement majoritaire. Il contribue avec un nombre de vues toujours plus grand à conditionner le désir et faire prospérer la culture du viol. Parmi les catégories les plus recherchées « inceste », « viol » , « petite fille » , « beurettes ». Il suffit par ailleurs de regarder certaines vidéos de la plateforme French Bukkake et notamment celle que l’on projette au début du spectacle pour comprendre qu’il ne s’agit pas de scènes de sexe, mais de scènes de guerre. Le corps des femmes comme champs de bataille pour affirmer une appartenance à la fraternité virile. C’est donc d’une destruction déguisée en fiction dont il est question, autorisée par la seule présence d’une caméra. C’est « une oeuvre de l’esprit. C’est du spectacle » se défendra Pascal Op, renvoyant à un excès de moralisme ses détracteurs.
MARTYRES DE LA PURETÉ
Un des angles de recherche pour le spectacle fut l’histoire des représentations de la béatitude et de la douleur glorifiée dans l’iconographie féminine. Cela va des icônes religieuses, corps adorés et canonisés des martyres agonisantes, aux figures de contes de fées « légèrement mortes » (La belle au bois dormant faisant écho au récent procès Mazan) jusqu’aux corps désirés, punis et traumatisés de ces femmes au cœur des scandales de l’industrie pornographique. La conception de la sexualité féminine a longtemps été niée ou confisquée. Elle est manipulée comme un objet de domination qui se retourne systématiquement contre elles, qu’elles soient chastes ou émancipées : bonne victime (comme Gisèle Pélicot) ou mauvaise victime (comme ces actrices porno).
La question dans ce spectacle n’est donc pas tant l’idée de la pornographie que le principe de son industrie et de ce qu’elle dissimule. À commencer par l’assignation systématique des corps, ceux qui sont autorisés à prendre et ceux à qui revient le devoir de se protéger. Dans ces snuff-movies, les corps féminins convulsent de peur et de douleur, et la pulsion scopique s’excite. Pascal Op s’y érige comme prophète, distribuant à chaque homme sa petite part de bonheur. Cette industrie crée des idoles au prix de la cruauté. Le combat est inégal mais la masculinité triomphe devant sa communauté.
Femmes visibles de l’intérieur, rien de ressemble plus à ces vidéos de bukkake que les curiosités anatomiques de Vésale où le corps est mort.
Bien sûr ce n’est pas ontologique c’est de la socialisation. Une question s’est imposée à moi au fur et à mesure des répétitions : pourquoi je n’apprends pas l’usage de la violence ? Aucune révolution ne s’est produite pacifiquement et à un moment il faudra bien sortir les couteaux.
LES CANTATES DE BACH
« Sans Bach, la théologie serait dépourvue d’objet, la création fictive, et le néant péremptoire ; s’il y a quelqu’un qui doit tout à Bach, c’est bien Dieu ».
(Emil Cioran, Syllogismes de l’amertume)
J’ai su depuis le début que je ne pouvais pas traiter ce sujet de manière documentaire, cela m’aurait semblé vain, paresseux et indécent tant le réel est déjà empli de ces récits sans que cela ne suscite le moindre progrès dans la diminution des violences. J’ai choisi le chant comme sublimation du cri, quand les mots ne s’imposent plus. J’ai voulu opérer un travail de rupture dans la forme, comme je pense que la justice ne peut désormais s’exercer qu’en rupture face à ces crimes. J’ai souhaité aussi embarrasser l’écoute en prosodiant ces cantates avec le verbatim des vidéos ou le dossier d’instruction, posant la question suivante : puis-je jouir de ce que je vois et de ce que j’entends? Existe-t-il des spectateurs innocents?
Notre choix s’est porté sur les cantates BVW4 et BVW150 dont la paternité est incertaine.xte
Conception et mise en scène Lorraine de Sagazan
Direction musicale Romain Louveau
Composition et adaptation musicale Othman Louati
Prosodie des cantates Lorraine de Sagazan
Texte du spectacle Écriture collective
Texte de fin Daphné
Avec Adèle Carlier, Vladislav Galard, Michiko Takahashi, Manon Xardel, et un interprète (distribution en cours)
et l'Ensemble Miroirs Étendus : Guy-Loup Boisneau, Solène Chevalier, Annelise Clément, Akiko Godefroy, Romain Louveau, Noé Nillni et Marie Salvat
Dramaturgie Julien Vella
Scénographie Anouk Maugein
Costumes Anna Carraud
Lumières Claire Gondrexon
Chorégraphie Anna Chirescu
Vidéo Jérémie Bernaert
Assistanat mise en scène Mathilde Waeber
Assistanat à la scénographie Sevgi Macide Canik
Assistanat costumes Marnie Langlois
Régie générale Vassili Bertrand
Régie plateau Sandy Tissot
Régie son Anaïs Georgel, Etienne Graindorge
Développement textiles, teintures, couleurs de la scénographie Max Denis, Anouk Maugein, Cloé Sonnet
Construction du décor Atelier de la MC93 – Maison de la Culture de Seine-Saint-Denis
Réalisation costumes Anna Carraud, Marnie Langlois, Alan Morelli, Tom Savonet
Stagiaire atelier costumes Zoé Delhomenie
Réalisation des impressions 3D Marc-Antoine Augustin
Remerciements aux stagiaires Fanny Audibert-Flores, Margot Delabouglise, Perrine Magne,Lunel Parat-Yeghiayan, Clémence Ribereau
Durée 2h
Spectacle en français
Images et propos à caractère pornographique / Violences sexuelles. Certaines scènes peuvent heurter la sensibilité des spectateurs.
Déconseillé aux moins de 16 ans
La vidéo projetée durant le spectacle ainsi que la transcription qui la suit sont des documents authentiques.
Production Centre International de Créations Théâtrales / Théâtre des Bouffes du Nord
Production musicale Miroirs Étendus
Coproduction Le Théâtre - Scène nationale de Saint-Nazaire, Les Gémeaux - Scène nationale
Action financée par la Région Ile-de-France.
Avec la participation artistique du Jeune théâtre national.
Avec le soutien du Cercle de l’Athénée et des Bouffes du Nord et de sa Fondation abritée à l’Académie des beaux-arts
Création le 29 janvier 2026 au Théâtre des Bouffes du Nord
Responsable de la production et de la diffusion / Mara Patrie
01 46 07 32 58 / mara.patrie@bouffesdunord.com
Chargé de diffusion / Pierre Bousquet
01 70 64 22 40 / pierre.bousquet@bouffesdunord.com
Spectacle disponible en tournée

