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DIAPORAMA
HISTORIQUE : DE 1876 A 1974
1974 : REOUVERTURE DU THEATRE




 

Trois année de voyages et d'expériences nous avaient appris - à la dure - ce qu'est un bon espace, et ce qu'est un mauvais espace, Un jour, Micheline Rozan me 8 dit: " Il y a un théâtre derrière la gare du Nord que tout le monde a oublié, J'ai entendu dire qu'il était toujours là, Allons voir! " Nous avons sauté dans une voiture, mais arrivés à l'endroit où le théâtre aurait dû se trouver, il n'y avait rien, juste un café, un magasin et une façade aux fenêtres nombreuses, typique des immeubles parisiens du XIX siècle, Pourtant, nous remarquâmes sur le mur un bout de carton qui bouchait vaguement un trou, Nous le retirâmes, nous nous frayâmes un chemin à travers un tunnel poussiéreux, pour soudain nous redresser et découvrir, délabrées, carbonisées, ruinées par la pluie, grêlées, et pourtant nobles, humaines, lumineuses, à couper le souffle: les Bouffes du Nord.

Nous prîmes deux décisions: l'une, de laisser le théâtre exactement comme il était, de ne rien effacer des marques qu'une centaine d'années de vie lui avaient laissées; l'autre, de ressusciter l'endroit aussi vite que possible, On nous prévint que c'était impossible, Un fonctionnaire du ministère nous dit que cela prendrait deux ans pour obtenir l'argent et les permis, Micheline refusa leur logique, accepta le défi. Six mois plus tard, nous ouvrions avec" Timon d'Athènes ".

Nous avions conservé les vieux sièges en bois du balcon, mais en les recouvrant d'un nouveau tissu, Pendant les premières représentations, quelques personnes sont restées littéralement collées à leur siège, et nous avons dû rembourser quelques dames très fâchées d'avoir laissé un morceau de leur jupe.

Heureusement, il y eut beaucoup d'applaudissements, mais qui cassèrent littéralement la baraque, puisque de grands pans de moulures se détachèrent sous e l'effet des vibrations, et tombèrent, ratant de peu les têtes de nos spectateurs. Depuis,
le plafond a été nettoyé, mais l'extraordinaire qualité acoustique demeure.



Micheline et moi nous avons établi une politique: le théâtre devait être simple, ouvert, accueillant, Pas de sièges numérotés, prix unique, et ce prix devait être aussi bas que possible, la moitié ou le quart de ceux du boulevard, Notre objectif était de rendre le théâtre accessible aux gens des lointaines banlieues, aux familles, qu'elles ne soient pas arrêtées par le coût d'une sortie à quatre ou cinq; et nous organisâmes des matinées le samedi - où le public était le meilleur et le plus chaleureux - à des prix plus bas encore, De cette manière, les personnes âgées, qui avaient peur de sortir le soir, pouvaient venir, Nous prîmes aussi la décision de prendre la liberté de fermer le théâtre quand nous voulions, ou de donner des représentations gratuites pour Noël ou Pâques pour les gens du quartier .

Nous voulions faire des ateliers, des animations pour les enfants, ou avoir la possibilité de sortir pour rencontrer des gens, avec nos improvisations, pour que les Bouffes ne deviennent pas un théâtre à répertoire, mais reste un Centre.

Naturellement, tout cela coûte beaucoup plus cher que l'entretien quotidien d'un théâtre pratiquant des prix normaux, et malgré le soutien dévoué du nouveau ministre de la Culture, Michel Guy, les subventions du gouvernement français restaient insuffisantes. Ma grande chance était d'avoir Micheline pour partenaire - c'est son intelligence et l'originalité de son point de vue qui nous ont permis, année après année, de survivre sur notre corde raide.

Extrait du livre" Points de suspension" de Peter Brook
Editions du Seuil