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1876 Destiné
au répertoire de car -conc', le théâtre
des Bouffes du Nord, commandé par M. Chéret
à l'architecte Louis-Marie Emile Leménil,
est construit sur des fondations déjà
existantes, supposées être celles d'une
caserne dont le projet fut abandonné. La salle
comporte 530 places réparties en un parterre,
un rang de loges et une galerie.
Le spectacle d'inauguration, une revue"
Ta-Da-Da " n'obtient aucun succès. M. Chéret
comprend alors qu'il s'est attaqué à trop
forte partie, et cède la place au bout de quelques
mois.
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1876 à 1885
Une quinzaine de directeurs malchanceux se succèderont,
Le théâtre, situé dans le quartier
excentré de la Chapelle, en lisière des
champs, mal éclairé et mal desservi, rebute
les habitués des salles parisiennes. Quant au
public de l'endroit, il n.est pas préparé
à assister sagement à un spectacle. Il
arrive que la police soit forcée de l'expulser
tant il prend part avec passion aux événements
qui se déroulent sur la scène.
1882 L'anarchiste
Louise Michel, tente d'attirer les" Marlous"
et les" Gigolettes " en faisant jouer une
pièce révolutionnaire" Nadine "
qui tombe à plat, dans une totale indifférence.
1885 Après
que la nouvelle directrice, Mme Olga Léaud, soit
partie avec la caisse sans payer les artistes, le théâtre
ferme.
Septembre 1885
Abel Ballet, metteur en scène qui sévit
principalement dans les théâtres de quartier,
rouvre les Bouffes du Nord. Il y monte de grandes fresques
historiques et des mélodrames où Margot
pleure à gros sanglots. Le spectacle commence
à 7 heures le soir et fini souvent au-delà
de minuit, Tout comme à Montparnasse, on apporte
son fricot que l'on réchauffe sur le poêle
commun et que l'on déguste à l'entr.acte,
Cette année-Ià débute Yvette Guilbert
dans" La Reine Margot" d'Alexandre Dumas.
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1890 Le théâtre
du Château d.Eau vient de fermer ses portes et
le jeune Firmin Gémier se trouve au bord de la
misère. Il est engagé, alors, aux Bouffes
du Nord mais il se sent frustré par le répertoire
du théâtre devant lequel se pâme
le public de la Chapelle et de la Villette.
1893 Abel Ballet
accueille - et c'est tout à son honneur - Lugné-Poë
qui, avec les comédiens du théâtre
de I'reuvre, crée" Rosmersholm " et"
Un Ennemi du peuple " de Ibsen, dans des décors
dessinés et peints par Vuillard.
"
Les Bouffes du Nord une fois louées. on dut répéter.
cependant que Edouard Vuillard aidé de quelques
bons amis. Pierre Bonnard. Ranson. Sérusier.
consentait à peindre sur la terre froide dans
le magasin de décors de la rue de la Chapelle
près des bureaux de la petite vitesse du chemin
de fer du Nord. Comment nos bons amis ne sont-ils pas
eux aussi morts de bronchite ? Il faut avouer que Vuillard
et ses compagnons. retapant à 7h ou Bh du matin
les vieux châssis que nous trouvions. ont risqué
leur santé et leur jeunesse dans l'aventure.
Le magasin de décors des Bouffes du Nord était
ouvert à tous les vents et il n .y avait aucun
chauffage. "
Lugné-Poë.
" Souvenirs "
Décembre 1883
Création de" Ames solitaires" de G.
Hauptmann, mise en scène de Lugné-Poë.
Février 1894
Création de" Solness le constructeur"
d'Ibsen, mise en scène de LugnéPoë.
1896 Abel Ballet
quitte la direction des Bouffes du Nord. Les deux comédiens
Emmanuel CIot et G, Dublay lui succèdent.
1904 La salle,
sous l'impulsion de ses directeurs, est entièrement
restaurée, repeinte, l'électricité
yest installée. Comme pour lui donner ses lettres
de noblesse on rebaptise le théâtre"
Théâtre Molière" et on fait
appel à des auteurs tels que Kistemaeckers,
G. Spitzmiller, Georges Darien, A. Bernède et
Gaston Leroux dont on monte une adaptation de son"
Chéri-Bibi ". L.arrivée du chansonnier,
Aristide Bruant. interprétant sa propre pièce:
" Fleur de Pavé" est considéré
comme un événement.
Août 1914
Le Théâtre Molière, comme tous les
autres théâtres. ferme ses portes.
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1917 Déjà
propriétaires de plusieurs scènes de variétés.
Oscar Dufrenne et Henry Varna se portent acquéreurs
des Bouffes du Nord qu'ils transforment en music-hall.
Chaque année ils produisent deux revues, aux
titres évocateurs, que signe, le plus souvent.
Henry Varna et qui ont toujours beaucoup de succès:
" C'est couru ", " C'est épatant
". " CIine. va! ". " Le droit de
couchage! ". " La Revue très excitante
", " La Revue folichonne ", " Le
Coucher de la marquise ". " La Vie d'une fille
", etc...
1923 Oscar
Dufrenne et Henry Varna se retirent après avoir
empoché de sérieux bénéfices.
Henry Darcet leur succède et inscrit les Bouffes
du Nord dans" le Consortium des théâtres
de quartiers ". Réunis dans une même
association. les théâtres des Gobelins.
de Grenelle, des Ternes, de Montrouge. des Bouffes du
Nord, etc" font tourner des spectacles à
succès, créés sur les boule\!ards,
Les principaux rôles sont tenus par des comédiens
de second rang, les prix des places sont modestes et
l'affiche change toutes les semaines, Malheureusement
certaines salles de quartier disparaissent, les unes
après les autres. absorbées par la nouvelle
industrie du cinéma.
1929 Paul Le
Danois et Charles Malincourt remplacent Henry Darcet
qui prend la direction de la Scala, Ils poursuivent
comme ils peuvent la politique du Consortium.
Août 1932 Charles
Malincourt se suicide, dans une crise de dépression.
Octobre 1932
Après avoir remis en état la salle, modernisé
le plateau, Paul le Danois accueille le journaliste
léon Moussinac, fondateur du théâtre
d. Art international, futur directeur de l'I.D.H.E.C.,
qui présente trois spectacles remarquablement
montés et joués par une troupe de cinquante
comédiens.
13 octobre 1932
" Miracle à Verdun " de Hans Chlumberg.
5 novembre 1932
" le Train blindé n° 14-69 " de
Vsevolod Ivanov.
30 novembre 1932
" Acide prussique " de Friedrich Wolff.
Bien que la critique reconnaisse la grande
qualité de ces spectacles, les recettes ne peuvent
couvrir les dépenses, ni les frais du loyer,
léon Moussinac doit abdiquer.
Décembre 1932
" les Surprises du divorce ", vaudeville d'Alexandre
Bisson.
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1935 Décès
de Paul le Danois. les Bouffes du Nord n'offrent plus
que des spectacles épisodiques.
1943 La chanteuse
réaliste Damia organise des soirées de
music-hall dans lesquels elle tient la vedette.
Mai 1945 Comme
pour fêter l' Armistice, un jeune metteur en scène,
plein d'enthousiasme, Jean Serge, ouvre à nouveau
le théâtre auquel il donne le nom de "
Théâtre des Carrefours ".
25 mai 1945
" l'Invasion " de léonid léonov
(Prix Staline 1944) avec Daniel Ivernel et Michel Piccoli.
30 octobre 1945
" les Bouches inutiles " de Simone de Beauvoir,
avec Michel Vitold.
27 janvier 1946
" Winterset " de Maxwell Anderson, adaptation
de Marcel Achard avec Daniel Gélin et, dans un
petit rôle, louis de Funès, et" le
Roi sans amour " de Paul Mourousi.
Septembre 1946
Ne pouvant plus assumer financièrement la bonne
marche du théâtre, Jean Serge se retire.
René Marjolle, ex-chanteur de l'Opéra-Comique
souhaite donner une vocation lyrique aux Bouffes du
Nord, mais après une année difficile,
lui, aussi, abandonne.
Décembre 1950
Charles Béai, ancien directeur du théâtre
de l'Humour, tente à son tour l'expérience.
Il la réussit grâce à une reprise
de" Ces Dames aux chapeaux verts " d'après
le roman de Germaine Acremant, avec Alice Tissot et
Armand Bernard. La pièce" tient " plus
de trois mois. On se reprend à espérer.
. .
1951 "1900,
c'était le bon temps ", spectacle de music-hall.
Juin 1952 Trop
vieux, mal entretenu, le théâtre ne présente
plus les normes de sécurité prescrites
par la préfecture de Police et doit fermer ses
portes.
1974 Peter
Brook et Micheline Rozan, fondateurs du Centre International
de 8 Créations Théâtrales. se souviennent
de ce bâtiment délabré qu'est le
théâtre des Bouffes du Nord. Grâce
à l'appui financier du Festival d" Automne.
que dirige Michel Guy, ils le font restaurer avec une
intelligence et un goût remarquables.
" C'est
souvent beau, un vieux théâtre, mais toute
mise en scène y reste confinée dans des
espaces d'autrefois. Un théâtre tout neuf
peut être dynamique et pourtant rester froid et
sans âme. Aux Bouffes du Nord, on est frappé
par la noblesse des proportions, mais en même
temps, cette qualité est cassée par l'apparence
rude du lieu. Ces deux aspeds font un tout. Si l'on
restaurait parfaitement le théâtre, alors
la beauté de l'architedure perdrait en quelque
sorte de sa force et deviendrait un inconvénient.
"
Peter
Brook, 1974
15 octobre 1974
Réouverture du théâtre des Bouffes
du Nord avec" Timon d' Athènes ", dans
une adaptation de J.-C. Carrière. Mise en scène
de Peter Brook.
Chapitre extrait
du livre" les Théâtres de Paris"
par Geneviève latour et Florence Claval. Edité
par la Délégation à r Action Artistique
de la ville de Paris.
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